Début septembre, un appel vidéo est arrivé au milieu de la nuit. C’était elle. Vraiment elle. Elle pleurait, elle parlait à voix basse.
« Mon objectif, c’est d’aller au concert avec toi, quoi qu’il arrive. Attends-moi encore un peu. C’est ton anniversaire aussi, à ce moment-là. Je n’ai pas oublié. »
Le concert, c’était la première venue en Corée de Night Lantern, un groupe qu’elle aimait depuis ses seize ans. Elle m’avait dit un jour qu’elle vivait pour voir le moment où toutes les lumières de la scène s’éteignent et où il ne reste qu’une lanterne. C’était le lendemain de mon anniversaire. L’appel s’est coupé là. Ce jour-là, j’ai pensé que quelque chose tournait très mal.
Pour son anniversaire, nous nous sommes tous retrouvés. Elle était d’une gaieté étrange et répétait les mêmes phrases, encore et encore. Au retour, devant chez elle, j’ai demandé à H quel était son numéro d’appartement. H m’a donné celui de l’appartement voisin. Je ne l’ai su que plus tard.
Je l’ai invitée à un événement qui commençait le 9 septembre à 9 h 09. Quatre fois neuf. À l’époque, je cherchais à lire quelque chose jusque dans ces chiffres. Je devais passer la prendre, mais H a dit qu’elle l’amènerait. Elle est arrivée très en retard, avec deux hommes que je ne connaissais pas, et elle a disparu au bout d’une heure. Dans la salle obscure, elle guettait sans cesse le regard de H. Et elle a répété plusieurs fois : « Les gens reconnaissent H, alors ici, pas son nom, appelle-la Sunny. »
Sunny. Le pseudonyme qu’elle utilisait sur la messagerie à la place de son nom. Elle me demandait d’appeler H par ce nom-là. À cet instant, un frisson m’a parcouru l’échine. Parmi les messages que j’avais échangés pendant des mois avec « Sunny », combien étaient d’elle ?
Deux jours plus tard, en plein jour, je l’ai eue au téléphone. Elle a dit qu’elle devait dormir. Au bout du fil, j’ai entendu un cliquetis, comme celui d’un flacon de comprimés qu’on vide dans sa bouche. Plusieurs fois. Elle n’a pas raccroché. J’ai entendu ce bruit comme un appel au secours. Ensuite, je n’ai plus pu la joindre.3